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actualite
MAITRE DE LA MADONE NAUMBURG
Panneau rond parqueté, un tondo
Diamètre : 101 cm
Restaurations
Provenance :
Collection Frederick L. Stephens, en 1939 ; 
Chez Nicholas M. Acquavella, New York (Lorenzo di Credi) ;
Vente anonyme, Londres, Christie’s, 24 novembre 1967, n° 67 (Tommaso di Stefano. 2 100 gns à Alfonso) ;
Collection Sir Raymond Smith, Caracas ;
Vente anonyme, New York, Christie’s, 14 janvier 1993, n° 105, reproduit (attribué au Maître de la Madone Naumburg) ;
Acquis à cette vente par la famille de l’actuel propriétaire.
Expositions :
En depôt à la National Gallery of New South Wales, Sydney ;
Masterpieces of Art, New York, World’s Fair, 1939 ;
Paintings by Old Masters, New York, Galerie Mario Acquavella, 1945 (Lorenzo di Credi).
Le tondo a été attribué au Maître de la Madone Naumburg par Everett Fahy lors d’une précédente vente (New York, Christie’s, 14 janvier 1993, lot n° 105). On doit au même historien la définition du corpus de ce Maître (in E. Fahy, Some followers of Domenico Ghirlandaio, New York, 1976), dont le nom de convention évoque la Vierge et l’Enfant qui faisait autrefois partie de la collection de Nettie G. Naumburg et qui fut ensuite donnée aux musées de Harvard en 1930. 

La Madone Naumburg est particulièrement intéressante pour notre œuvre puisque toutes deux s’inspirent de modèles crées par Lorenzo di Credi, l’un des artistes florentins les plus recherchés de la fin du XVe siècle. Le tableau de Cambridge-Harvard reprend, en effet, le motif d’une Vierge et l’Enfant traduit en trois versions autographes (Ajaccio, Palais Fesch ; Oxford, Ashmolean Museum ; Strasbourg, musée des Beaux-Arts). 

Notre tondo répond, quant à lui, à un processus créatif plus complexe. En effet, la Vierge, gracieusement enveloppée dans son lourd manteau qu’un chaste voile rehausse, est une citation de l’Adoration de l’Enfant peinte par Lorenzo vers 1480-1490 pour la Santissima Annunziata (Florence, Galleria dell’Accademia. Voir G. Dalli Regoli, Lorenzo di Credi, Florence, 1966, n° 97, reproduit fig. 144). À partir de cette dernière, le maître réalisa un tondo destiné à la dévotion privée, aujourd’hui au Metropolitan Museum of Art de New York (Voir op. cit. supr., n° 127, reproduit fig. 167). La portée dévotionnelle de l’œuvre est accentuée par l’insertion d’un ange portant le petit saint Jean-Baptiste. Ce détail est issu de certaines Madones réalisées par Filippo Lippi dans les années 1460 qui montrent un ange présentant l’Enfant Jésus à sa mère comme une précieuse offrande. 

Le tondo de New York semble avoir connu un succès particulier à la fin du Quattrocento. En effet, il faut rappeler l’image inversée qu’en propose le tout jeune Baccio della Porta, futur Fra’ Bartolomeo (Munich, Alte Pinakothek), alors qu’il fréquente l’atelier de Credi, ainsi qu’une œuvre d’un artiste sans doute d’origine nordique mais travaillant à Florence, le Maître de Santa Lucia sul Prato (Florence, Museo Horne). Le cadre de notre tondo, orné de festons de fruits, de pommes de pin et d’épis de blé montre du reste de très fortes affinités avec celui ornant le tableau de Fra’ Bartolomeo. 

L’œuvre du Maître de la Madone Naumburg s’inscrit dans cette fortune iconographique mais affiche la particularité d’un Enfant Jésus figuré avec le doigt dans la bouche et les jambes croisées, charmant détail plein de naturel qui remonte lui à l’Adoration des Bergers que Credi réalise au tournant du siècle pour l’église Santa Chiara (Florence, Galleria degli Uffizi). 

Le Maître de la Madone Naumburg a sans doute fréquenté très étroitement Lorenzo di Credi. C’est en tout cas ce que laisse supposer la maîtrise technique de notre tondo, notamment dans certains détails comme la figure de l’ange aux boucles parfaitement dessinées, au cou et au profil finement sculptés par un clair-obscur délicat. Le dessin des draperies, les plis rythmiques, répondent parfaitement aux canons dictés par Lorenzo. Le paysage paisible et clair rappelle aussi combien l’influence des prototypes nordiques était forte à Florence : l’architecture médiévale de la ville avec ses tourelles et ses murs crénelés, les lointains disparaissant dans des tons bleutés illustrent eux aussi cette vogue de memlingmania qui souffle sur l’art florentin de la fin du XVe siècle. La profondeur de la palette (le rouge de la robe de l’ange et du tissu accueillant l’Enfant ou le jaune du manteau de saint Joseph) est, en revanche, typique de notre Maître. 

Le tondo fait ainsi la synthèse entre une grâce héritée de Lorenzo di Credi et une manière personnelle, animée par une lumière vibrante et chaude, une synthèse apte à éveiller, chez qui le contemple, une douce piété et un recueillement silencieux. 

Cette œuvre, qui constitue sans conteste le chef-d’œuvre de notre artiste, a sans doute été peinte à une période relativement tôt dans sa carrière, au moment où culminent ses liens avec Credi. Son catalogue montre ensuite combien l’éclectique Maître de la Madone Naumburg deviendra sensible à la leçon de Domenico Ghirlandaio et Piero di Cosimo, et surtout à celle de Filippino Lippi. L’œuvre présente une telle qualité dans certaines de ses parties que l’on pourrait sans doute imaginer une exécution réalisée directement sous le contrôle de Lorenzo di Credi au tournant du XVIe siècle

Nous remercions Monsieur Matteo Gianeselli pour avoir bien voulu rédiger cette notice.
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